Les chiffres d'abord
83 600 € HT — plafond de chiffre d'affaires du régime micro pour les prestations de services (BIC et BNC), pour la période 2026-2028. 203 100 € HT pour les ventes de marchandises et l'hébergement. Une activité mixte est plafonnée à 203 100 € au total, dont 83 600 € au plus de services. Le régime se perd après deux années consécutives de dépassement.
37 500 € — seuil de la franchise en base de TVA pour les prestations de services, 41 250 € en seuil majoré. Le seuil unique à 25 000 € instauré par la loi de finances pour 2025 n'a jamais été appliqué : suspendu en février 2025, il a été supprimé par la loi du 3 novembre 2025. Au-delà du seuil majoré, la TVA est due dès le mois du dépassement, pas au 1er janvier suivant.
21,2 % — taux de cotisations sociales d'un micro-entrepreneur en prestations de services artisanales au 1er janvier 2026, calculé sur le chiffre d'affaires encaissé. S'y ajoute la contribution à la formation professionnelle, 0,3 % du CA pour un artisan. L'exonération ACRE de début d'activité est passée de 50 % à 25 % des cotisations pour les créations depuis le 1er juillet 2026.
15 % puis 25 % — taux de l'impôt sur les sociétés : 15 % sur les 42 500 premiers euros de bénéfice pour une PME dont le chiffre d'affaires n'excède pas 10 millions d'euros et dont le capital est entièrement libéré et détenu à 75 % au moins par des personnes physiques, 25 % au-delà. Un amendement voulait porter ce plafond à 100 000 € ; la loi de finances pour 2026 l'a maintenu à 42 500 €.
Le chiffre qui compte n'est pas 83 600 €. C'est 37 500 €. Parce qu'un artisan qui pose du carrelage atteint le seuil de TVA bien avant le plafond micro — et parce que, sous ce seuil, il paie la TVA sur ses matériaux sans jamais la récupérer.
Le fait contre-intuitif : la micro-entreprise vous fait cotiser sur le prix du carrelage
En micro-entreprise, les cotisations se calculent sur le chiffre d'affaires encaissé. Pas sur le bénéfice. Un plombier qui facture 8 000 € une salle de bain dont 3 200 € de fournitures paie 21,2 % de cotisations sur 8 000 €, soit 1 696 € — dont 678 € sur des matériaux qu'il a simplement achetés et refacturés.
Ce point est neutre pour un consultant qui n'a que son temps à vendre. Il est décisif pour un artisan du bâtiment dont les fournitures pèsent 30 à 50 % du devis. Plus la part des matériaux monte, plus le régime micro devient cher par rapport à un statut où l'on cotise sur ce qui reste réellement.
Artisan en prestations de services, 80 000 € HT de chiffre d'affaires, 40 % de matériaux (32 000 € HT), 6 000 € de charges fixes.
En micro-entreprise sous franchise de TVA — mais à 80 000 € il a dépassé les 41 250 € : il facture donc la TVA et la récupère sur ses achats ; l'argument de la franchise a disparu. Cotisations : 21,2 % × 80 000 = 16 960 €. Il reste 80 000 − 32 000 − 6 000 − 16 960 = 25 040 € avant impôt sur le revenu, avec un abattement forfaitaire de 50 % qui ignore ses vraies charges.
En EURL à l'impôt sur les sociétés, gérant travailleur non salarié — Bpifrance retient qu'un TNS supporte globalement 50 % de son revenu en cotisations. Sur 42 000 € disponibles (80 000 − 32 000 − 6 000), il peut se verser environ 28 000 € nets et 14 000 € de cotisations, avec des charges réelles déductibles (véhicule, outillage, assurances) et une couverture retraite complémentaire.
L'écart n'est pas énorme à ce niveau. Il se creuse dès que les matériaux dépassent 40 % du devis, ou dès que vous investissez. Il se resserre si vos fournitures sont faibles. C'est le ratio matériaux/chiffre d'affaires qui tranche, pas le plafond.
Ce qui change vraiment quand on passe en société
Vous cotisez sur le bénéfice, plus sur l'encaissement. Matériaux, sous-traitance, camion, assurances, formation : tout ce qui est engagé pour l'activité se déduit avant de calculer cotisations et impôt.
Vous choisissez votre régime social. Gérant majoritaire de SARL ou associé unique d'EURL : travailleur non salarié, cotisations autour de 50 % du revenu d'après Bpifrance, pas d'assurance chômage. Président de SASU : assimilé salarié, cotisations autour de 80 % de la rémunération nette, retraite complémentaire Agirc-Arrco, pas d'assurance chômage non plus. Le choix TNS ou assimilé salarié est une décision de protection autant que de coût.
Vous entrez dans la comptabilité d'engagement. Bilan, liasse, TVA, comptes annuels : comptez un expert-comptable. C'est un coût réel — et c'est aussi ce qui vous donne, pour la première fois, une marge par chantier lisible.
Vous pouvez embaucher, vous associer, et vendre l'entreprise. Une micro-entreprise se transmet difficilement — on cède un fonds, pas une structure ; une société se cède avec ses contrats, son nom et son historique.
Dépasser le plafond micro deux années de suite vous bascule au régime réel de l'entreprise individuelle, pas en société : vous perdez la simplicité de la micro sans gagner les avantages de la société. Le bon moment pour créer la structure est avant le dépassement, en général au 1er janvier d'un exercice, avec un expert-comptable qui aura vu vos douze derniers mois.
Quand rester en micro-entreprise
Le régime micro reste le bon choix quand les fournitures sont faibles — dépannage, pose sur matériaux fournis par le client, sous-traitance de main-d'œuvre —, quand le chiffre d'affaires reste nettement sous le seuil de TVA, et quand vous n'avez ni salarié ni investissement lourd en vue. Il reste aussi imbattable en simplicité : une déclaration mensuelle ou trimestrielle, pas de bilan.
Le vrai risque n'est pas d'y rester trop longtemps. C'est d'y rester sans savoir ce que vous gagnez réellement, parce que le régime ne vous oblige jamais à le calculer.
Ce que je ne peux pas vous promettre
Que la société vous fasse gagner de l'argent la première année. Entre les frais de création, l'expert-comptable et la gestion de la TVA, l'année de bascule coûte souvent plus qu'elle ne rapporte. Le gain se voit sur trois ans, pas sur douze mois.
Que ces seuils tiennent. Le seuil de TVA a changé trois fois de statut en 2025 avant d'être abandonné. Les plafonds micro sont fixés pour 2026-2028, mais rien n'interdit à une loi de finances de revenir dessus.
Que l'exemple ci-dessus soit le vôtre. Il ne tient pas compte de votre situation fiscale personnelle, du versement libératoire, de votre conjoint, de vos autres revenus. Un expert-comptable fera ce calcul en une heure avec vos vrais chiffres ; c'est la seule simulation qui vaut.
Par où commencer, concrètement
Cette semaine. Sortez vos douze derniers mois de factures et séparez deux colonnes : main-d'œuvre et fournitures. Le pourcentage de fournitures est votre premier chiffre de décision.
D'ici quinze jours. Comparez votre chiffre d'affaires des douze derniers mois aux deux seuils : 37 500 € (TVA) et 83 600 € (micro). Si vous êtes entre les deux, vous facturez déjà la TVA : la moitié de l'avantage micro a disparu.
D'ici fin octobre. Faites faire une simulation micro / EURL / SASU par un expert-comptable, sur vos chiffres, avec le montant que vous voulez vraiment vous verser. Demandez-lui le coût annuel de sa mission avant de signer.
Avant le 31 décembre. Si la simulation est favorable, créez la structure pour un démarrage au 1er janvier. Un changement en cours d'année double la paperasse pour rien.
Le statut n'est pas une fin. C'est un outil de pilotage.
Personne ne change de statut pour le plaisir. On en change quand la structure actuelle cache ce qu'on gagne ou empêche ce qu'on veut faire. La micro-entreprise est parfaite pour démarrer ; elle devient un angle mort dès que les matériaux et l'investissement entrent dans l'équation.
La bonne question n'est donc pas « ai-je dépassé le plafond ? ». C'est « est-ce que je sais, chantier par chantier, ce qu'il me reste ? ». Si la réponse est non, le statut n'est pas votre premier problème — mais il fait partie de la solution.
Les échanges s’y poursuivent avec des artisans, des entreprises du bâtiment et des professionnels de l’immobilier. Vos questions et retours d’expérience y sont les bienvenus.
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Sources
Bpifrance Création — Les seuils du régime micro-entrepreneur, seuils 2026-2028 (203 100 € / 83 600 €), mise à jour février 2026 — consulté le 9 septembre 2026
LégiFiscal — Les nouveaux seuils micro-entreprises pour l'année 2026, 27 février 2026 — consulté le 9 septembre 2026
LégiFiscal — PLF 2026 : rejet par les députés de la hausse du seuil de franchise en base de TVA, 21 novembre 2025 — consulté le 9 septembre 2026
siteartisan.fr — Franchise en base de TVA 2026 : seuils, dépassement et mentions (37 500 € / 41 250 €, art. 293 B du CGI), 19 juillet 2026 — consulté le 9 septembre 2026
Portail auto-entrepreneur (Urssaf) — Cotisations 2026 : 21,2 % prestations de services artisanales, ACRE à 25 % depuis le 1er juillet 2026 — consulté le 9 septembre 2026
Abby — Cotisations sociales auto-entrepreneur 2026 (CFP 0,3 % artisans, ACRE), mis à jour le 20 août 2026 — consulté le 9 septembre 2026
Bpifrance Création — Le statut social du dirigeant : TNS ≈ 50 % du revenu, assimilé salarié ≈ 80 % du net, septembre 2026 — consulté le 9 septembre 2026
Clementine — Les taux d'impôt sur les sociétés en 2026 : 25 % et 15 % (art. 219 du CGI) — consulté le 9 septembre 2026
Le JDD / Keobiz — Loi de finances 2026 : ce qui change vraiment pour les TPE/PME (taux réduit maintenu sur 42 500 €), 30 juin 2026 — consulté le 9 septembre 2026
Cet article présente une information générale à jour au 9 septembre 2026. Il ne constitue ni un conseil fiscal ni un conseil juridique personnalisé. Les seuils et taux cités sont ceux publiés à cette date et peuvent être modifiés par une loi de finances. Pour votre situation, consultez un expert-comptable ; les textes de référence sont consultables sur legifrance.gouv.fr et impots.gouv.fr.