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Gestion & marges

Vous connaissez votre taux horaire. Vous ne connaissez probablement pas ce qu'une heure vous coûte.

Un chantier se termine, la facture est encaissée, le compte en banque monte : le chantier a l'air rentable. Six mois plus tard, le bilan dit autre chose. Entre les deux, il manque un calcul que la plupart des artisans ne font jamais parce que rien ne les y oblige : le coût réel d'une heure de leur travail, et ce qu'il reste une fois que cette heure est payée.

9 septembre 2026 (première version : 2 avril 2026) — Grégory Dura, SquaredSphere PRO · Profil LinkedIn

1 607 h durée légale annuelle à temps plein ≈ 1 100 h heures facturables dans l'exemple ci-dessous ≈ 50 % cotisations TNS sur le revenu (Bpifrance) 4 étapes pour connaître sa marge
Le taux facturé ne dit rien tant qu'on ne sait pas combien d'heures sont réellement facturées, ni ce que coûte chacune.

Les chiffres d'abord

1 607 heures — c'est la durée légale annuelle du travail à temps plein en France, 35 heures par semaine. Un artisan seul en fait souvent plus. Mais ce n'est pas le chiffre qui compte.

Les heures facturables — ce sont celles qu'un client paie. Il faut en retirer les devis non signés, les déplacements, les achats chez le fournisseur, l'administratif, les relances, les intempéries, le service après-vente et les congés. Personne ne peut vous donner ce chiffre : il est dans votre agenda de l'an dernier. Dans l'exemple ci-dessous, il tombe autour de 1 100 heures, et ce n'est pas un cas extrême.

Environ 50 % — la part des cotisations sociales dans le revenu d'un travailleur non salarié, selon Bpifrance Création. En micro-entreprise, 21,2 % du chiffre d'affaires encaissé pour des prestations artisanales. Dans les deux cas, ce que vous vous versez coûte bien plus que ce qui arrive sur votre compte.

4 étapes — coût horaire réel, coûts cachés, coefficient, suivi chantier par chantier. Une demi-journée la première fois, une heure par mois ensuite.

Le chiffre qui compte n'est aucun de ceux-là. C'est le vôtre : votre nombre d'heures réellement facturées l'an dernier. Tant que vous ne l'avez pas, tout taux horaire est une supposition.

Le fait contre-intuitif : plus vous travaillez, moins votre heure vaut cher

Un artisan qui facture 45 € de l'heure et travaille 2 000 heures par an croit facturer 90 000 €. S'il n'en facture que 1 100, il facture 49 500 € — et ses 900 autres heures ne sont pas perdues, elles sont payées par les 1 100. Chaque heure facturée doit donc porter le coût des 0,8 heure non facturée qui l'accompagne. Le taux « réel » de son heure de travail n'est pas 45 € ; c'est 49 500 / 2 000 = 24,75 €.

C'est pour cette raison que baisser son prix pour prendre plus de chantiers est presque toujours une erreur de calcul : chaque chantier supplémentaire apporte ses propres heures non facturables — devis, déplacements, SAV — et dilue encore le taux réel.

Étape 1 — Le coût horaire réel

Additionnez vos charges fixes annuelles : loyer ou local, assurances (décennale, RC, véhicule), véhicule et carburant, outillage et consommables non refacturés, téléphone, logiciels, expert-comptable, cotisations foncières, publicité. Ajoutez la rémunération que vous voulez vraiment vous verser, et les cotisations qui vont avec — environ la moitié du revenu pour un TNS. Divisez le total par vos heures facturables réelles.

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Exemple, à refaire avec vos chiffres

Charges fixes : 14 000 €. Rémunération nette souhaitée : 30 000 €, soit environ 45 000 € cotisations comprises pour un TNS. Total à couvrir : 59 000 €.
Heures facturables l'an dernier, agenda en main : 1 100.
Coût horaire réel : 59 000 / 1 100 = 53,60 €.

À 45 € de l'heure facturée, cet artisan perd 8,60 € à chaque heure de travail — soit 9 460 € sur l'année — et ne s'en rend compte qu'au bilan, parce que les encaissements de chantiers continuent d'arriver.

Étape 2 — Les coûts cachés du chantier

Un chantier ne coûte pas seulement ses heures de pose et ses fournitures. Il coûte le temps du devis (signé ou non : les devis perdus se paient sur les devis gagnés), les déplacements, les allers-retours fournisseur, la protection et le nettoyage, l'évacuation des gravats, le SAV et les reprises, et le risque d'impayé. Chacun de ces postes doit apparaître sur votre calcul de marge, même s'il n'apparaît pas sur le devis du client.

Le plus simple est de les mesurer sur trois chantiers passés : reprenez les heures réelles, y compris celles qui ne sont pas sur la facture, et comparez au temps vendu. L'écart est votre coefficient de coûts cachés. Il est propre à votre métier et à votre organisation ; aucune moyenne de secteur ne le remplace.

Étape 3 — Le coefficient, et pourquoi il ne se copie pas

Une fois le coût horaire réel connu et les coûts cachés estimés, le prix de vente d'une heure se construit ainsi : coût horaire réel × (1 + coûts cachés) × (1 + marge visée). Dans l'exemple, avec 15 % de coûts cachés et 20 % de marge : 53,60 × 1,15 × 1,20 = 74 € de l'heure hors taxes. Pas 45.

Pour les fournitures, le raisonnement est le même : prix d'achat, plus le temps de sourcing, de transport, de stockage et de casse, plus une marge. Un matériau refacturé au prix d'achat est un matériau vendu à perte.

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Le piège du coefficient « de la profession »

Les coefficients qui circulent — 1,3, 1,5, 1,8 — ne veulent rien dire sans savoir sur quelle base ils s'appliquent : coût de revient complet ou seulement main-d'œuvre et matériaux ? Un coefficient de 1,5 sur un coût horaire sous-estimé de 30 % donne une perte avec l'apparence d'une marge. Calculez votre base avant d'appliquer un multiplicateur.

Étape 4 — Chantier par chantier, prévu contre réel

Le calcul ci-dessus fixe vos prix. Il ne vous dit pas si un chantier donné a été rentable. Pour cela, il faut, pour chaque chantier : les heures prévues et les heures réelles, les fournitures prévues et réelles, les frais annexes, et le montant encaissé — pas facturé. La marge réelle est ce qui reste. La comparer au prévu vous dit où vous vous trompez systématiquement : temps de pose sous-estimé, fournitures oubliées, déplacements non comptés.

Un tableau suffit pour commencer. Ce qui ne suffit pas, c'est de le remplir « à la fin » : les heures se reconstituent mal après coup. Le relevé doit se faire au jour le jour, sur le chantier, sinon il est faux.

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Heures pointées sur le chantier, dépenses rattachées à l'affaire, devis et factures reliés : la marge réelle de chaque chantier se calcule au fil de l'eau, sans attendre le bilan. Essai de 30 jours, toutes fonctions ouvertes, sans carte bancaire.

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Ce que je ne peux pas vous promettre

Que vos clients acceptent 74 € de l'heure. Le calcul vous dit ce que vous devez facturer pour vivre ; il ne vous dit pas ce que le marché accepte. Si l'écart est trop grand, le problème n'est pas le prix — c'est le nombre d'heures non facturables, ou le type de chantiers que vous acceptez.

Que l'exemple soit le vôtre. 1 100 heures, 14 000 € de charges, 50 % de cotisations : ce sont des ordres de grandeur pour illustrer la méthode. Vos chiffres peuvent être meilleurs ou pires ; seuls les vôtres comptent.

Que le suivi soit agréable. Relever ses heures chaque jour est une contrainte. C'est aussi la seule façon de savoir, avant le bilan, si vous travaillez pour vous ou pour vos fournisseurs.

Par où commencer, concrètement

Cette semaine. Reprenez votre agenda et vos factures de l'an dernier : comptez les heures réellement facturées. Notez le chiffre. C'est celui qui manquait.

D'ici quinze jours. Listez vos charges fixes annuelles avec votre dernier bilan ou vos relevés. Ajoutez la rémunération que vous voulez, cotisations comprises. Divisez par les heures facturables. Comparez au taux que vous facturez aujourd'hui.

D'ici fin octobre. Reprenez trois chantiers terminés et refaites leur marge réelle avec les heures et les frais réels. Si les trois sont en dessous de ce que vous pensiez, ce n'est pas la malchance : c'est votre base de calcul.

À partir du prochain chantier. Pointez les heures et rattachez chaque dépense le jour même. Un mois de relevé vaut plus que tous les coefficients.

La marge n'est pas ce qui reste. C'est ce qu'on a décidé.

Un artisan qui ne calcule pas sa marge en a quand même une : celle que lui laissent ses clients, ses fournisseurs et ses propres oublis. La méthode ci-dessus ne rend pas les chantiers plus rentables par magie. Elle rend visible, avant de signer, ce que chaque chantier va coûter — et transforme la marge d'un résultat subi en une décision.

C'est la différence entre un artisan et une entreprise.

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Les échanges s’y poursuivent avec des artisans, des entreprises du bâtiment et des professionnels de l’immobilier. Vos questions et retours d’expérience y sont les bienvenus.

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Sources

Bpifrance Création — Le statut social du dirigeant : charges sociales du travailleur non salarié ≈ 50 % du revenu d'activité, septembre 2026 — consulté le 9 septembre 2026
Portail auto-entrepreneur (Urssaf) — Cotisations 2026 : 21,2 % pour les prestations de services artisanales — consulté le 9 septembre 2026
Code du travail — art. L. 3121-27 et L. 3121-41 : durée légale de 35 heures hebdomadaires, 1 607 heures annuelles — consulté le 9 septembre 2026

Cet article présente une méthode générale à jour au 9 septembre 2026. Les chiffres de l'exemple sont des ordres de grandeur destinés à illustrer le calcul, pas des références de secteur. Pour fixer vos prix et votre rémunération, faites le calcul avec vos propres données, au besoin avec votre expert-comptable.

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