Les chiffres d'abord
900 000 € — l'amende infligée par la CNIL à Solocal Marketing Services en mai 2025 pour de la prospection électronique fondée sur un consentement qu'elle ne pouvait pas prouver, avec des formulaires trompeurs. Le même jour, 80 000 € pour Caloga : consentement invalide et désinscription plus compliquée que l'inscription. Sur l'année 2025, la CNIL a prononcé 83 sanctions, dont dix pour prospection commerciale.
300 e-mails par jour — la limite du plan gratuit de Brevo, outil français, jusqu'à 100 000 contacts, avec un petit logo de l'éditeur en bas du message. Mailchimp gratuit : 250 contacts et 500 envois par mois ; MailerLite : 250 abonnés, 2 500 envois par mois. Pour un artisan qui écrit une fois par mois à 400 anciens clients, le gratuit suffit pendant des années.
0,3 % — le taux de plaintes pour spam au-delà duquel Google dégrade ou rejette vos envois vers les adresses Gmail, depuis février 2024 (idéalement sous 0,1 %). Trois plaintes sur mille e-mails. C'est la sanction qui arrive avant celle de la CNIL, et sans procédure.
Environ 20 % — le taux d'ouverture réel des e-mails en 2025, une fois retirées les ouvertures automatiques générées par la protection de la vie privée d'Apple Mail (Brevo, 175 000 clients, mai 2026 : 20,7 % hors Apple, 33,9 % avec). Immobilier et gestion de biens : 20,3 % ; industrie et construction : 20,2 %. Le « 35 % » qu'affiche votre outil compte les téléphones qui ouvrent à votre place.
Le chiffre qui compte est le premier, parce qu'il définit le périmètre : la loi ne vous interdit pas d'écrire, elle vous interdit d'écrire à qui ne vous a rien demandé. Et le quatrième vous dit de ne pas croire au taux d'ouverture — regardez les clics.
Le fait contre-intuitif : le chiffre le plus cité du secteur est un sondage anglais de 2019
« L'e-mail rapporte 42 € pour 1 € investi » : cette phrase figure dans la moitié des articles sur le sujet, y compris dans la première version de celui-ci. Elle vient du Marketer Email Tracker 2019 de la DMA britannique : un sondage déclaratif auprès de marketeurs, en livres sterling. L'édition 2020 donnait déjà 35 £, et le rapport 2025 de la même DMA ne publie plus aucun retour sur investissement. Ce chiffre ne dit rien d'un artisan de six personnes qui écrit à ses clients. Ce qui en dit quelque chose, c'est la seule statistique qui vous concerne : combien de gens vous ont rappelé après l'envoi.
À un particulier, vous ne pouvez écrire qu'avec son consentement préalable (case non pré-cochée) — sauf s'il est déjà client et que vous lui proposez des prestations analogues à celles qu'il a achetées. À un professionnel, vous pouvez écrire sans consentement si le message concerne sa fonction, à condition de l'informer et de lui permettre de s'opposer. Dans tous les cas : votre identité dans chaque message, et un moyen simple de se désinscrire. Base légale : article L.34-5 du Code des postes et des communications électroniques ; page CNIL mise à jour en juin 2026.
Le fichier : vos devis, pas un achat
Votre liste légale est déjà chez vous : toutes les personnes pour qui vous avez réalisé un chantier (des clients, donc, au sens de la CNIL — un devis non signé ne suffit pas) et tous les professionnels avec qui vous travaillez. Exportez-les de votre logiciel de facturation, avec la date du dernier chantier et le type de travaux. Trois colonnes suffisent : e-mail, prénom-nom, dernier chantier.
Ce que vous ne faites pas : acheter un fichier, récupérer des adresses sur des annuaires, ajouter les contacts d'un groupe Facebook. C'est exactement ce que Solocal et Caloga ont payé.
Ajoutez ensuite les nouveaux au fil de l'eau : une ligne dans vos conditions de devis (« Nous vous informons ponctuellement par e-mail de nos prestations ; vous pouvez vous y opposer à tout moment ») couvre le cas du client ; une case à cocher sur le formulaire de votre site couvre le prospect qui n'a pas encore acheté.
L'outil : trente minutes de réglage, une fois
Brevo, MailerLite ou Mailchimp : les trois font la même chose pour vous. Le réglage qui compte n'est pas le modèle de mise en page, c'est l'authentification de votre domaine : SPF et DKIM (des enregistrements à ajouter chez votre hébergeur, l'outil vous donne les valeurs). Sans eux, Google et Yahoo classent vos envois en indésirables depuis 2024 — quelle que soit la qualité du message. Au-delà de 5 000 envois par jour s'ajoutent DMARC et la désinscription en un clic ; vous n'y êtes pas.
Envoyez depuis une adresse à votre nom de domaine (contact@votre-entreprise.fr), jamais depuis une adresse Gmail ou Orange : l'authentification est impossible et la délivrabilité s'effondre.
Un envoi par mois, 400 destinataires, outil gratuit. Ouverture réelle autour de 20 % : 80 personnes lisent. Clic autour de 2 % (Brevo, construction : 1,98 %) : 8 personnes cliquent. Ce que vous cherchez, ce sont les deux ou trois qui répondent « justement, on pensait refaire la salle de bain ». Sur douze envois, c'est de l'ordre de 20 à 30 conversations avec des gens qui vous connaissent déjà — je ne peux pas vous promettre combien signeront, personne ne le peut. Coût : 0 €, et une heure par mois.
Le message : une chose utile, une chose que vous avez faite, une invitation
Un e-mail d'artisan n'est pas une newsletter. C'est un mot d'un professionnel qu'on connaît. Trois blocs, courts :
Une information qui sert. Ce qui change pour eux : « Depuis le 1er septembre, les aides de l'État pour l'isolation seule sont supprimées ; si vous y pensiez, voici ce que ça change. » « L'audit énergétique devient obligatoire pour vendre un logement classé E. » Vous êtes la personne qui les tient au courant.
Un chantier récent. Une photo, trois lignes, avec l'accord du client. Pas « nous sommes fiers » — ce qui a été fait, en combien de temps, ce qui était difficile.
Une invitation sans pression. « Si vous avez un projet cet hiver, répondez à ce mail, je passe voir. » C'est tout. Pas de promotion, pas de « −15 % jusqu'à dimanche » : vous n'êtes pas un magasin.
Fréquence : une fois par mois, à date fixe. HubSpot mesure que 51 % des désabonnements viennent d'envois trop fréquents. Quatre e-mails par an suffisent presque ; un par mois est le maximum raisonnable pour un artisan.
Ce que je ne peux pas vous promettre
Un taux de signature. Les « 1 à 3 demandes de devis par envoi » qu'on lit — et que cet article affirmait dans sa première version — ne reposent sur aucune donnée publiée. Votre chiffre dépend de votre métier, de la saison et de ce que vous écrivez. Vous le connaîtrez après six envois.
Que le taux d'ouverture veuille dire quelque chose. Il est gonflé par Apple et bientôt par d'autres. Regardez les clics et les réponses ; ignorez le reste.
Que la liste se construise seule. Elle grandit d'un client par chantier. C'est lent, et c'est la seule façon légale.
Par où commencer, concrètement
Cette semaine. Exportez vos clients des cinq dernières années depuis votre logiciel de facturation : e-mail, nom, dernier chantier. Retirez ceux qui ne sont pas clients (devis non signés).
Ce mois-ci. Ouvrez un compte Brevo ou MailerLite gratuit. Faites configurer SPF et DKIM par votre hébergeur ou votre prestataire web — c'est l'étape que tout le monde saute et qui décide de tout. Importez la liste. Ajoutez la mention d'information à vos conditions de devis.
Premier envoi. Une information de rentrée, un chantier, une phrase d'invitation. Relisez à voix haute. Envoyez un mardi ou un jeudi matin.
Ensuite. Le même jour chaque mois. Notez les réponses dans un tableau. Au sixième envoi, vous saurez ce que ça rapporte — et ce sera votre chiffre, pas celui d'un sondage anglais.
Le canal le moins cher du bâtiment est aussi le moins utilisé. Ce n'est pas un hasard : il demande d'avoir gardé ses clients.
Une liste de quatre cents personnes qui vous ont déjà payé vaut plus que n'importe quel fichier acheté, et elle est déjà dans votre ordinateur. La loi vous autorise à leur écrire, les outils sont gratuits, la règle tient en une page. Ce qui manque, c'est la première heure — et la discipline du mois suivant.
Les échanges s’y poursuivent avec des artisans, des entreprises du bâtiment et des professionnels de l’immobilier. Vos questions et retours d’expérience y sont les bienvenus.
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Sources
CNIL — La prospection commerciale par courrier électronique, SMS-MMS et automate d'appel, mise à jour du 10 juin 2026 (consentement B2C, exception client existant, B2B, désinscription) — consultée le 9 septembre 2026
CNIL — Sanction de 900 000 euros à l'encontre de Solocal Marketing Services et Sanction de 80 000 euros à l'encontre de Caloga, délibérations du 15 mai 2025 ; Bilan des sanctions 2025 (83 sanctions, 10 pour prospection) — consultés le 9 septembre 2026
DMA UK — Marketer Email Tracker 2019 (17 mai 2019, « just over £42 for every pound spent ») et 2020 (26 octobre 2020, £35,41) ; Email Benchmarking Report 2025, 4 juin 2025 (sans ROI) — consultés le 9 septembre 2026
Brevo — Email marketing benchmarks 2026, 27 mai 2026, 175 000 clients, données 2025 (20,73 % d'ouverture hors Apple, 33,87 % avec ; construction 20,15 % / 1,98 %) — consulté le 9 septembre 2026
Brevo — Plan gratuit : 300 e-mails par jour (centre d'aide) ; Mailchimp — tarifs (250 contacts, 500 envois par mois) ; MailerLite — tarifs (250 abonnés, 2 500 envois par mois) — consultés le 9 septembre 2026
Google — Exigences pour les expéditeurs d'e-mails (SPF/DKIM, taux de spam sous 0,3 %, désinscription en un clic à partir de 5 000 envois par jour, depuis le 1er février 2024) ; Yahoo — Sender best practices — consultés le 9 septembre 2026
Litmus — Apple Mail Privacy Protection (lancée le 20 septembre 2021, ouvertures préchargées) — consulté le 9 septembre 2026
HubSpot — Why consumers subscribe and unsubscribe from email, mise à jour du 29 janvier 2025, 400 consommateurs américains (51 % se désabonnent pour excès d'envois) — consulté le 9 septembre 2026
Houzz — Houzz et la Maison 2024, 28 mai 2024, 2 140 répondants (86 % des rénovateurs ont fait appel à un professionnel) — consulté le 9 septembre 2026
Cet article présente une information générale à jour au 9 septembre 2026. Les règles de prospection relèvent du Code des postes et des communications électroniques et du RGPD, dont l'interprétation par la CNIL peut évoluer ; les limites des plans gratuits et les exigences des messageries changent régulièrement. Les taux cités sont des moyennes sectorielles et ne préjugent pas de vos résultats.